<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<?xml-stylesheet type="text/xsl" href="/rss20.xsl" media="screen"?>
<rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0">
    <channel>
        <title>LE BLOC NOTES DE FRANCK LELIEVRE</title>
        <description>Politique, philosophie, enseignement</description>
        <link>http://francklelievre.hautetfort.com/</link>
        <lastBuildDate>Thu, 26 Jun 2008 11:02:28 +0200</lastBuildDate>
        <generator>HautetFort.com</generator>
        <copyright>All Rights Reserved</copyright>
                        <item>
                <guid isPermaLink="true">http://francklelievre.hautetfort.com/archive/2008/06/26/chefs-d-œuvre-dans-un-village-normand.html</guid>
                <title>Chefs-d’œuvre dans un village normand</title>
                <link>http://francklelievre.hautetfort.com/archive/2008/06/26/chefs-d-œuvre-dans-un-village-normand.html</link>
                <author>noreply@ (spinoza)</author>
                                <pubDate>Thu, 26 Jun 2008 11:02:28 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;LE MONDE | 25.06.08 | SAINT-GERMAIN-LE-VASSON (CALVADOS) ENVOYÉ SPÉCIAL&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;C’est peut-être la plus belle exposition photographique de l’été. En tout cas, la plus surprenante. En raison des images à découvrir, d’un niveau muséal, pour beaucoup inédites ou rarissimes, et la plupart liées à cet art naissant, au XIXe siècle. Aussi parce que l’exposition est présentée dans une commune de 1 000 habitants, Saint-Germain-le-Vasson (Calvados), entre Caen et Falaise, dans ce qu’on appelle la Suisse normande pour son paysage vert et accidenté.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;C’est comme si une exposition du Musée d’Orsay ou du Metropolitan Museum de New York était délocalisée dans un village. Du reste, lors du vernissage, le samedi 21 juin, on pouvait repérer des conservateurs de grands musées, des collectionneurs et des marchands qui ont fait le déplacement de Paris, de Londres, de Suisse, d’Allemagne, des États-Unis, et qui se mêlaient à des amateurs de la région. Tous sont restés bouche bée devant une image inédite de 1851, révolutionnaire pour l’époque, réalisée par un tandem prestigieux du XIXe siècle, Gustave Le Gray et Auguste Mestral. Là encore, c’est comme si un Picasso de la période bleue surgissait chez un particulier. Sur l’épreuve en parfait état, deux personnages brûlés par le soleil, et pourtant si vivants, comme on en voit rarement sur les images de cette époque, sont avachis contre deux colonnes du cloître d’Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales).&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;D’autres photographies scotchent le spectateur. Comme ce portrait de &quot;type de Tanger&quot;, autour de 1859, non pas de face ou de profil, mais de trois quarts, d’une empathie telle qu’il échappe à la traditionnelle étude de race. Ou encore cet enfant mort, saisi dans son berceau la bouche et les yeux ouverts (Disdéri, 1858). Défilent ensuite des grandes signatures – Eugène Atget, Walker Evans, Baldus, Le Secq, Nègre, Lartigue, deux portraits splendides de Victor Hugo et de Guillaume Apollinaire…&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;&quot;VOUS VOUS ENTERREZ&amp;nbsp;!&quot;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Pourquoi une telle exposition dans un trou normand&amp;nbsp;? La réponse est donnée par les maîtres des lieux, Brigitte et Marc Pagneux. Ce dernier est un des plus grands marchands de photos historiques au monde, tenant galerie de 1994 à 2004, rue Drouot à Paris. Avec sa femme, Brigitte, ils ont décidé de s’installer en Normandie. &quot;Notre qualité de vie baissait à Paris, où, en plus, nous ne pouvions trouver un lieu ambitieux pour nos projets. Et nous avons eu un coup de foudre pour cette maison.&quot; Ils ont acheté, en 2006, cette propriété de 4,5 hectares, comportant une maison de maître de 1829 et six bâtiments, plus une piscine, un tennis, un magnifique parc à l’anglaise.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Le domaine a appartenu à la Société métallurgique de Normandie (SMN), qui exploitait une mine de fer, au fond du jardin, et employait jusqu’à 1 000 personnes, jusqu’à sa fermeture, en 1989. Le Livet – c’est son nom – a ensuite abrité une colonie de vacances anglaise. Un des dortoirs est devenu une galerie de 300 m2, où les Pagneux entendent montrer des expositions de toutes disciplines – le peintre Philippe Albin en septembre.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Il faut une voiture pour rejoindre le village, il n’y a pas d’hôtel, la galerie est ouverte sur rendez-vous. &quot;Vous vous enterrez&amp;nbsp;!&quot;, leur ont dit des amis. &quot;Si nos propositions sont excitantes, les gens viendront de loin&quot;, répond Marc Pagneux, qui a aussi tissé des réseaux locaux. Et leur site, Image-culte.com, les relie au monde. Le maire &quot;de gauche&quot;, Jean-Pierre Vermeulen, est aux anges&amp;nbsp;: &quot;Dans un village comme le nôtre, l’installation des Pagneux, c’est le bonheur.&quot;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Dans l’exposition, les 75 photographies sont pour moitié à vendre, les autres non. Ce qui traduit la double activité des Pagneux&amp;nbsp;: d’un côté, leur collection personnelle, de l’autre, l’activité commerciale de la société Livet (commerce d’art, conseil). Marc Pagneux a donné comme titre à l’exposition &quot;Trois ou quatre choses que je sais d’elle, la photographie&quot;&amp;nbsp;: &quot;C’est en référence à mon agacement devant une dérive actuelle, qui voudrait que la photographie ne soit que du documentaire, où tout vaut tout, et qui réduit les chefs-d’œuvre à des inventions de marchands voulant faire du fric.&quot; L’exposition, découpée en six salles, forme une démonstration sur l’acte de création. C’est aussi un échantillon de la collection Pagneux – 4 000 épreuves rassemblées en trente ans, dont &quot;une vingtaine qui feraient venir les collectionneurs sur les genoux&quot; –, une des plus belles au monde. Là encore, Marc Pagneux se distingue. Il prépare une exposition de sa collection, non pas dans un grand musée de Paris ou de New York, mais &quot;dans un pays émergent&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Galerie Livet, 1, avenue Jean-de-Livet, 14190 Saint-Germain-le-Vasson. Tél.&amp;nbsp;: 02-31-20-98-36.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;Michel Guerrin&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
                </description>
                            </item>
                        <item>
                <guid isPermaLink="true">http://francklelievre.hautetfort.com/archive/2008/06/15/philosopher-a-coups-de-balai.html</guid>
                <title>Philosopher à coups de balai ?</title>
                <link>http://francklelievre.hautetfort.com/archive/2008/06/15/philosopher-a-coups-de-balai.html</link>
                <author>noreply@ (spinoza)</author>
                                <pubDate>Sun, 15 Jun 2008 07:13:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;div id=&quot;sdfootnote6&quot;&gt; &lt;p style=&quot;margin-left: 0cm; text-indent: 0cm&quot; class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;Article à paraître&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Le lecteur l'a peut-être oublié, Adolf Eichmann, le responsable du transport des victimes de la «&amp;nbsp;solution finale&amp;nbsp;», invoqua, lors de son procès à Jérusalem, le nom de Kant et son impératif catégorique. Cette anecdote, déjà commentée par Hannah Arendt&lt;a name=&quot;sdfootnote1anc&quot; href=&quot;#sdfootnote1sym&quot; title=&quot;sdfootnote1anc&quot; id=&quot;sdfootnote1anc&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;1&lt;/font&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;, est l'occasion d'une courte pièce précédée d'un texte explicatif de Michel Onfray, intitulés respectivement «&amp;nbsp;le songe d'Eichmann&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;un kantien chez les nazis&amp;nbsp;»&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Et si Eichmann avait parfaitement compris le philosophe de Könisgsberg ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Les premiers offensés par ces variations très mondaines, ce sont les victimes d'Eichmann. Elles n'y ont nulle part la parole. L'attaque contre Kant serait elle parfaitement inoffensive si la question de la Shoah n'intéressait, au delà de la philosophie, l'humanité tout entière. Fallait-il que la gloire de l'auteur de la Critique de la Raison Pure et celle l'infortuné Nietzsche, servent de paravent à une réflexion si courte ? Offense redoublée aux victimes de l'un des plus épouvantables assassins qu'ait connu l'humanité.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;La vieille antienne, la cheville fatiguée, d'un Kant servile et dévot, permet en effet à Michel Onfray, du moins le croit-il, de viser trois cibles. Parvenir à disculper Nietzsche de toute liaison dangereuse avec le nazisme en attribuant à Kant «&amp;nbsp;un arsenal philosophique compatible avec la mécanique du IIIème Reich&amp;nbsp;». Tuer la «&amp;nbsp;vache sacrée&amp;nbsp;» du camp «&amp;nbsp;républicain&amp;nbsp;», en posant l'équation fatale : nazisme égale kantisme égale christianisme. Défendre enfin «&amp;nbsp;les petits et les sans-grades&amp;nbsp;», et à la fin Eichmann lui-même, c'est-à-dire tous les lecteurs de bonne volonté de Kant. «&amp;nbsp;Nul besoin d'être philosophe de formation ou de profession, rompu aux lois de l'épigraphie dans la discipline pour disposer du droit de lire un ouvrage signé Platon, Descartes ou Kant&amp;nbsp;». Eichmann aurait donc très bien lu Kant et c'est sans aucune vergogne que Michel Onfray fait la leçon à Hannah Arendt, à Michel Foucault et Simone Goyard-Fabre. Kant donnerait «&amp;nbsp;à l'idéaliste, au spiritualiste et au chrétien&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;l'illusion de pouvoir penser comme le pape, tout en disposant du luxe de pouvoir s'exprimer dans une autre langue, en l'occurrence le verbiage de l'idéalisme allemand, de la logorrhée universitaire qui produit des fumées mentales si chère aux tenants de la philosophie dominante&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;A la fin d'un dialogue à la teneur désolante, Eichmann, campé en un brave homme obligé de nourrir sa famille et auquel la «&amp;nbsp;Critique de la raison pratique&amp;nbsp;» et son père ont inspiré le respect de l'ordre et de l'autorité, lancera à Kant cette formule immortelle : «&amp;nbsp;c'est très bien le monde des idées, mais les idées et le vie, ça fait deux. On dirait que le réel ne vous intéresse pas, que vous lui tournez le dos, comme pour le punir d'être ravagé par ce que vous appelez (il hésite)... le «&amp;nbsp;mal radical&amp;nbsp;» je crois. Nietzsche [que l'auteur a placé, tel un héros, dans un coin du décor] acquiesce&amp;nbsp;». Et Kant, soudainement terrassé par la force du propos, de battre sa coulpe et de déclarer :«&amp;nbsp;je suis coupable d'avoir fait une philosophie impraticable&amp;nbsp;» - plus loin - «&amp;nbsp;j'ai construit un système trop étroit et trop contraignant pour contenir la vitalité du monde&amp;nbsp;». Mais notre piétiste n'en est pas quitte pour autant car le christianisme aurait été, c'est bien connu, l'allié zélé du nazisme. «&amp;nbsp;Hitler lui-même se réclamait du Jésus de Saint Luc qui chasse les marchands du temple avec une fouet&amp;nbsp;»...&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Incrédule, le lecteur demeure consterné. Cette farce éprouvante trouvera-t-elle son mécène et son metteur en scène ? Et comment l'éditeur de Derrida ou d'André Gorz a-t-il pu offrir un texte du type de L'effroyable vérité de Thierry Meyssan ? A quel degré d'avilissement est donc tombée l'édition française ? Et pourquoi tant de haine de la pensée ? Eichmann avait-il vraiment besoin d'un défenseur de plus ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;L'épisode Heidegger est là pour nous le rappeler, ni la philosophie, ni les études ne préservent qui que ce soit de l'horreur. Montaigne notait déjà, à l'inverse, la grandeur d'âme dans la mort de simples laboureurs qui n'avaient pas lu les sages mais les dépassaient largement dans le chemin vers la vertu. Est-ce une raison pour se priver des ressources de la sagesse ? Hans Jonas cite l'exemple de Julius Ebbinghaus, kantien rigide et penseur de moindre éclat que Heidegger, «&amp;nbsp;que sa droiture avait gardé pur&amp;nbsp;». Celui-ci lui dit, en 45, «&amp;nbsp;vous savez Jonas, sans Kant, je n'y serais pas arrivé&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;L'argutie et l'argument à la volée ne sauraient tenir lieu de raisons. Non seulement le philosophe des Lumières, le Kant révolutionnaire, le disciple de Rousseau&lt;a name=&quot;sdfootnote4anc&quot; href=&quot;#sdfootnote4sym&quot; title=&quot;sdfootnote4anc&quot; id=&quot;sdfootnote4anc&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;4&lt;/font&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;, l'écrivain qui rusa avec la censure, celui qui défendit le droit de critique, l'admirateur de Thomas More, sacrifiant sa vie, son poste, sa femme et ses enfants, à son devoir, non seulement donc les kantiens réels, Hermann Cohen, Ernst Cassirer, Léon Brunschvicg en France, attaqués et persécutés par le nazisme, ont disparu corps et bien du propos, mais ce sont toutes les leçons du travail historiographique récent sur la mise en oeuvre de la «&amp;nbsp;Shoah&amp;nbsp;» qui sont réduites à néant.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Aucune sanction n'a jamais été infligée aux soldats ni aux officiers allemands qui refusèrent de participer à la «&amp;nbsp;solution finale&amp;nbsp;»&lt;a name=&quot;sdfootnote5anc&quot; href=&quot;#sdfootnote5sym&quot; title=&quot;sdfootnote5anc&quot; id=&quot;sdfootnote5anc&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;5&lt;/font&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;. Dans son mépris des formes juridiques, le nazisme n'a jamais aboli les textes qui faisaient obligation au militaire de refuser des ordres contraires à son honneur. La décision et l'organisation directe de l'extermination, programme secret par excellence, ne touchaient qu'un nombre restreint de hauts responsables, mus sans doute autant par l'arrivisme que par un antisémitisme et un fanatisme dont Eichmann était, semble-t-il, exempt. Il leur était donc parfaitement loisible de choisir d'autres fonctions. Il n'est pas interdit de penser enfin, certains de propos d'Eichmann permettent de le supposer, qu'il y avait une certaine exaltation à s'aventurer ainsi «&amp;nbsp;par de-là bien et mal&amp;nbsp;» et une certaine honte à manquer de «&amp;nbsp;virilité&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Kant tenait l'impossibilité pour un criminel d'échapper au dictamen de sa conscience, à l'austère «&amp;nbsp;surmoi&amp;nbsp;», comme nous disons à présent, pour un «&amp;nbsp;fait de la raison&amp;nbsp;». Un juriste et un expert, un intellectuel, face à la mort prochaine et face à ses bourreaux, use de tous les subterfuges pour échapper à la pensée de «&amp;nbsp;situations&amp;nbsp;» qui, dit-il, rendaient «&amp;nbsp;fou&amp;nbsp;». Pourtant, ramené à la «&amp;nbsp;chose même&amp;nbsp;» par le tribunal, il lui faut bien admettre, mais par éclairs, et l'horreur, et le fait qu'il en était, à son poste, l'auteur «&amp;nbsp;en première personne&amp;nbsp;». Il vaut la peine de relire Arendt et de regarder le film - Un spécialiste - qu'ont tiré des bandes vidéos miraculeusement sauvées du procès Eichmann, Rony Brauman et Eyal Sivan&lt;a name=&quot;sdfootnote6anc&quot; href=&quot;#sdfootnote6sym&quot; title=&quot;sdfootnote6anc&quot; id=&quot;sdfootnote6anc&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;6&lt;/font&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;. Ce spectacle bouleversant donne à penser au «&amp;nbsp;laboureur&amp;nbsp;» comme à «&amp;nbsp;l'épigraphe&amp;nbsp;» tout comme, sur un autre mode, le film hors normes de Nicolas Klotz, sorti l'hiver dernier, La question humaine, avec Matthieu Amalric dans le rôle principal.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Enfin, puisque l'heure est à la destitution de Humanités et au projet d'un «&amp;nbsp;lycée à la carte&amp;nbsp;», il ne faut pas oublier enfin Hans et Sophie Scholl, curieusement cités en exergue du libelle de Michel Onfray, avec la «&amp;nbsp;Rose Blanche&amp;nbsp;», mouvement chrétien s'il en fût. Leur inspirateur fut un «&amp;nbsp;professeur de philosophie&amp;nbsp;». Sur leurs tracts, ils avaient recopié, entre autres, les propos d'Aristote rappelant le conseil du tyran Périandre de Corinthe : «&amp;nbsp;coupe toutes les têtes qui dépassent&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;«&amp;nbsp;&amp;nbsp;Hélas,&amp;nbsp;avait écrit Nietzsche, le temps approche où l’homme ne lancera plus par-delà l’humanité la flèche de son désir, le temps où la corde de son arc aura désappris de vibrer. ... «&amp;nbsp;Qu’est-ce qu’aimer&amp;nbsp;? Qu’est-ce que créer&amp;nbsp;? Qu’est-ce que désirer&amp;nbsp;? Qu’est-ce qu’une étoile&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» - ainsi parlera le Dernier Homme, en clignant de l’œil&amp;nbsp;». Nietzsche nommait ce temps où il n'y aurait plus ni haut ni bas, où la démystification, le divertissement et la purification morale tiendraient lieu de pensée ultra critique, le nihilisme. Au bout du nihilisme, il prédisait le néant de la frivolité et de l'insignifiance. Nous y sommes.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.22cm&quot;&gt;Sur l'un des sujets les plus graves qu'ait à affronter la conscience moderne, le Songe d'Eichmann célèbre l'alliance de l'outrecuidance et de la farce.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;1&lt;a name=&quot;sdfootnote1sym&quot; href=&quot;#sdfootnote1anc&quot; title=&quot;sdfootnote1sym&quot; id=&quot;sdfootnote1sym&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;Eichmann à Jérusalem,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, 1991.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;2 &lt;i&gt;Le songe d'Eichmann.,&lt;/i&gt; Paris, Galilée, 2008. Les extraits cités se trouvent p. 17, 20, 82 et 84.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;3&lt;a name=&quot;sdfootnote3sym&quot; href=&quot;#sdfootnote3anc&quot; title=&quot;sdfootnote3sym&quot; id=&quot;sdfootnote3sym&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;3&lt;/a&gt;Cité par Pierre Birnbaum dans &lt;i&gt;Témoins du futur,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, 2003 p. 784.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;4&lt;a name=&quot;sdfootnote4sym&quot; href=&quot;#sdfootnote4anc&quot; title=&quot;sdfootnote4sym&quot; id=&quot;sdfootnote4sym&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Il fut un temps [...] où je méprisais le peuple qui est ignorant de tout. C'est Rousseau qui m'a désabusé. J'apprends à honorer les hommes ; et je me trouverais bien plus inutile que le commun des travailleurs, si je ne croyais que ce sujet d'étude peut donner à tous les autres une valeur qui consiste en ceci : faire ressortir les droits de l'humanité&amp;nbsp;».&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;i&gt;Observations sur le sentiment de beau et de sublime.&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;i&gt;5&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;a name=&quot;sdfootnote5sym&quot; href=&quot;#sdfootnote5anc&quot; title=&quot;sdfootnote5sym&quot; id=&quot;sdfootnote5sym&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Christopher R. Browning,&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;i&gt;Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;, Paris, Les Belles Lettres, Collection Histoire, 1994, Michel Terestchenko,&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;i&gt;Un si fragile vernis d'humanité, banalité du mal, banalité du bien&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;, Paris, La Découverte, 2005.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;6&lt;/font&gt;&lt;a name=&quot;sdfootnote6sym&quot; href=&quot;#sdfootnote6anc&quot; title=&quot;sdfootnote6sym&quot; id=&quot;sdfootnote6sym&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;6&lt;/a&gt; Lire aussi des mêmes auteurs : &lt;i&gt;Eloge de la désobéissance&lt;/i&gt;, Paris, Ed. Le Pommier, 1999&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; 
                </description>
                            </item>
                        <item>
                <guid isPermaLink="true">http://francklelievre.hautetfort.com/archive/2008/05/04/mai-68-mai-08.html</guid>
                <title>Mai 68 - Mai 08</title>
                <link>http://francklelievre.hautetfort.com/archive/2008/05/04/mai-68-mai-08.html</link>
                <author>noreply@ (spinoza)</author>
                                <pubDate>Sun, 04 May 2008 11:24:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;Alors que la manie commémorative, la compulsion de répétition, fait de nouveau fureur, un détour par le regard sociologique et critique de Raymond Aron, publié dans sa &lt;em&gt;Révolution introuvable,&lt;/em&gt; peut faire réfléchir. Il est interviewé dans ce large extrait par un certain Alain Duhamel...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.51cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;i&gt;&quot;Pour revenir au problème de fond, on a un peu le sentiment qu'au même moment où André Malraux en quelque sorte le magnifiait en parlant de la fin d'un monde, vous même, vous le réduisez, vous le rétrécissez en utilisant une expression qui vous a été je crois beaucoup reprochée, celle de psychodrame.&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.51cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Un des phénomène qui m'a le plus frappé, c'est &lt;em&gt;le marathon des palabres&lt;/em&gt;. Les étudiants parisiens ont parlé, parlé, parlé, pendant près de cinq semaines. Ils vont garder un souvenir radieux de ces conversations. Chacun d'ailleurs les flatte : «&amp;nbsp;Ils se sont instruits, ils ont acquis une sorte de maturité grâce à leur révolte&amp;nbsp;». Peut-être. Comment un ancien oserait-il en juger ? Je respecte trop mes étudiants pour me convaincre qu'ils manquaient à ce point de formation morale. Une étudiante des Sciences politiques m'a confié qu'elle avait découvert l'existence des ouvriers. Soit. Ils ont donc parlé et ils y ont trouvé une joie extrême, ce qui me suggère une idée que confirment toutes les études sociologiques: les étudiants français, en particulier à Paris, constituent une foule solitaire. Nombre d'entre eux souffrent de la solitude, de l'absence de vie communautaire. Pas seulement de l'absence de contacts avec les professeurs lointains - ce qui est souvent vrai -, mais aussi d'absence de contacts avec leurs camarades. Et certaines études montrent que des étudiants, venus de la province, ont fait des années d'études à la Sorbonne sans vraiment appartenir à aucun groupe, sans avoir un cercle d'amis. Cette espèce de fraternité juvénile dans une communauté semi-délinquante, c'est la surcompensation de la solitude dans laquelle vivent ordinairement les étudiants français. De la même façon la plupart des plans de réforme sont l'envers ou la négation de la réalité française. Les Français souffrent d'un système trop rigide et d'une hiérarchie trop autoritaire. Pourquoi gardent-ils un souvenir extasié des périodes où ils mettent tout par terre? Dans ces périodes de crise où le système s'effondre, ils ont une illusion de fraternité - ils éprouvent cette fraternité -, d'égalité - et ils la vivent - puis ils reconstituent à nouveau le carcan hiérarchique dans lequel ils sont enfermés. Les Français, depuis 1789, magnifient toujours rétrospectivement leurs révolutions, immenses fêtes durant lesquelles ils vivent tout ce dont ils sont privés dans les périodes normales et ont le sentiment d'accomplir leurs aspirations, fût-ce dans un rêve éveillé. Une telle révolution apparaît nécessairement destructive, elle s'accompagne des projets les plus extravagants, négation utopique de la réalité. Par exemple, les étudiants deviennent eux-mêmes examinateurs. Personne n'y croit sérieusement mais le projet élimine un système qui les traumatise, un examen par une personnalité anonyme aux jugements catégoriques et impénétrables.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.51cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Que demain l'on modifie le système des examens comme je le sou halte depuis quinze ans, je serai pour, comme je l'étais hier, mais dans, une période où tout le monde déraisonne, il faut bien que quelqu'un ait le courage de rappeler les évidences impopulaires. La comnunauté estudiantine, le grand défoulement, ces palabres indéfinis sont typiques de la société française: satisfaction provisoire, évanescente de ce que la société vécue refuse aux Français. Bien entendu, si un phénomène de cet ordre a pu se produire, il a nécessairement des causes profondes. Mais ces causes profondes appartiennent à l'ordre, affectif, à l'ordre émotionnel. Au lieu de prendre au sérieux ce que les acteurs disent, il faut comprendre ce qu'ils ressentent. Les méthodes d'interprétation qui s'appliquent le mieux à la crise récente sont celles qui passent pour les plus médiocres! La &lt;i&gt;Psychologie des foules&lt;/i&gt; de G. Lebon, ou l'interprétation par les résidus, chère à Pareto. En période de démence collective, on cherche à dégager les causes plutôt qu'à discuter le contenu pseudo-intellectuel du délire. Nul ne peut comprendre ce qu'ont écrit en mai-juin beaucoup d'écrivains dont je respecte l'intelligence, s'il oublie que des hommes de gauche, sevrés de leur utopie depuis le stalinisme, ont cru retrouver ce dont ils avaient toujours rêvé, une révolution libertaire, une révolution qui ne serait pas tyrannie et bureaucratie. Ils ont revécu 1917 et la Commune, profondément blessés par mon scepticisme ou mon cynisme. Et pourtant, comment construire une société sur les fondements d'un socialisme pré-marxiste, d'un mélange d'anarcho-syndicalisme ou de proudhonisme? Je veux bien que les esthètes, y compris ceux qui habitent avenue Foch, viennent admirer la Sorbonne et participer aux débats de ces jeunes gens, niais le carnaval n'a rien à voir avec la construction d'une société nouvelle, avec un ordre nouveau, même dans l'Université.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.51cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;strong&gt;Psychodrame&lt;/strong&gt;. Je ne maintiens pas sans nuances cette expression. Mais, tout de même, nous avons tous, au cours de cette période, joué un rôle. Je commence par moi-même, je vous l'ai dit, moi j'ai joué Tocqueville, ce qui ne va pas sans quelque ridicule, mais d'autres ont joué Saint-Just, Robespierre ou Lénine, ce qui, tout compte fait, était encore plus ridicule. Pourquoi ? La conjoncture politique était dominée par une alliance limitée et non écrite entre le parti communiste et le gouvernement. Le parti communiste, tout le monde le sait, n'a pas souhaité les grandes grèves et encore moins souhaité la politisation de la grève générale.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.51cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;L'expression que je viens d'employer, alliance entre le gouvernement et le parti communiste, est excessive. Il s'agit d'un jeu complexe que tous les observateurs ont aujourd'hui reconnu, qu'il était facile de saisir au cours de ces dernières années. La politique extérieure du géné­ral de Gaulle se rapproche le plus de celle que souhaitent les dirigeants de Moscou, à l'exception peut-être de celle que mènerait un gouvernement communiste. Et encore. Dans la situation actuelle du monde, l'Union soviétique a trop de problèmes avec les régimes dits socialistes de l'autre côté de ce qu'on appelait le rideau de ter, trop de difficultés pneu les mouvements marxistes-léninistes d'Asie d'inspiration chinoise pour ne pas redouter une crise imprévisible, qui résulterait de l'arrivée mi pouvoir dans la zone d'influence américaine d'un parti communiste qui ne pourrait ni obéir aveuglément aux directives de Moscou, ni s'y soustraire entièrement. Les dirigeants du Kremlin s'accommodent d'une France qui demeure partie du monde occidental mais dont la politique extérieure comporte, pour le bloc soviétique, certains avantages. [...]&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Le psychodrame met en cause la propension révolutionnaire du peuple français, la faiblesse des corps intermédiaires accentuée par le gaullisme dans lequel tout dépend de la personne du général de Gaulle, la poussée de forces irrationnelles dans une société qui se dit moderne, probablement l'insatisfaction de nombre de Français en phase de modernisation sans morphine inflationniste. Il y avait donc chez les Français suffisamment de frustrations, de ressentiments, de griefs pour que, à la faveur des circonstances, une sorte d'immense défoulement se produisît.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Est-ce la fin d'une civilisation?&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Une des leçons que je tire des événements, c'est que les sociétés modernes sont plus fragiles que nous le pensions. l'Université est une institution spécialement fragile. Et, je le répète, si j'ai parlé, écrit avec tant de passion, c'est que ces jeunes gens et beaucoup de mes collègues détruisent une institution précieuse parce qu'ils en ébranlent le fondement moral. Il n'y a pas d'autre fondement moral à l'Université que la tolérance réciproque des enseignants et la discipline volontaire des étudiants. Il n'y a plus d'enseignement supérieur si les étudiants utilisent l'université comme foyer d'agitation politique. Une telle éventualité équivaut à la &lt;i&gt;latino-américanisation des universités françaises&lt;/i&gt;, la ruine des universités. Quelle que soit la part qu les étudiants prennent à la gestion de l'Université, et surtout si cette part est finalement grande, plus la discipline volontaire des étudiants s'imposera comme la condition indispensable à la survie des universités; Mon collègue Touraine écrit que quiconque prend position contre celle révolution s'enlève le droit de se déclarer partisan des réformes, je lui réponds sans passion mais avec fermeté: &lt;i&gt;c'est exactement le contraire la vérité&lt;/i&gt;. Il n'y aura de réformes valables de l'Université que dans la mesure où sera restauré le fondement moral de celle-ci. Je crains qu'il ne faille de nombreuses années pour y parvenir, peut-être devra-t-on créer d'autres universités et celles d'hier sont-elles mortes. Cette fragilité de l'institution universitaire, nous la connaissions, et c'est pourquoi je me suis tout de suite prononcé contre les mouvements violents, contre les enragés jeunes on vieux. Ces derniers ont raison s'ils veulent détruire Université et société, mais s'ils veulent seulement réformer l'Université, ils ont tort, car, pour titre période peut-être assez longue, ils ont rendu presque impossible la vie de l'Université libérale. J'ajoute que l'Université non libérale, de type soviétique, s'organise sous un discipline encore plus rigoureuse.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;La fragilité de la société elle-même varie selon les pays, mais toute société pluraliste, peut-être aussi toute société non pluraliste moderne, comporte des éléments de faiblesse. Une entreprise, un peu comme l'Université, suppose une discipline à demi volonlaire de ceux qui travaillent. Une chaîne dee fabrication exige de tous les ouvriers l'exécution exact de tâches parcellaires. Un bureau de recherche ne fonctionne pas sous la protection de la police. l'entreprise, la société vit et prospère grâce à la coopération multiple et complexe entre un grand nombre d'individus sans qu'on puisse utiliser à chaque instant la garantie ultime de tout ordre social, la force. En ce sens, l'Université ne paraît d'une certaine façon le microcosme de la société tout entière. Le jour où les individus refusent la solidarité et la division du travail, refusent la soumission à l'ordre, imposé à tous par tous, l'organisation sociale se décompose.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Pourquoi en France plus qu'ailleurs? Parce que la France est à la fois nostalgique de la vie de grand-papa et insuffisamment modernisée. Tous les jugements sont justes: aspiration à la modernité et refus de la modernité se mêlent. Rêve anarchiste et rêve de la société postindustrielle. Fin d'une civilisation, dit Malraux. Sur quoi se fondent les sociétés, privées de croyance communes ? C'est là une vieille idée que Spengler, Toynbee, d'autres encore ont exposée. Toules les civilisations connues ont vécu dans l'unité d'une religion. Elles avaient pour ciment des fois collectives. Or la civilisation occidentale moderne a perdu le consensus religieux. C'était déjà l'idée d'A. Comte. Puisque les sociologues de Nanterre ont joué un tel rôle dans la crise, rappelons que le thème de la désintégration religieuse des sociétés modernes a servi d'inspiration aux grandes doctrines sociologiques nées au début du xrx&quot; siècle. Faut-il aller de cette absence d'une religion commune aux cortèges ouvriers, symbole de la fin du monde? Ces vastes perspectives à vol d'oiseau me terrifient. Je plaide l'ignorance. Si ce diagnostic d'histoire mondiale est bien fondé, les grèves ouvrières n'en sont qu'un faible symptôme.&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Il y a un peu partout, au cours de ces dernières années, des phénomènes de violence dispersés, des émeutes, une révolte des jeunes, une insécurité des villes aux États-Unis. Tout se passe comme si les grandes guerres, exclues par les moyens de destruction dont disposent les grandes puissances, faisaient place aux petites guerres, et parfois aux petites guerres de grandes dimensions comme celle du Vietnam. À l'intérieur des nations, les idéologies structurées et traditionnelles comme le soviétisme ou le libéralisme, sont en déclin, mais la contrepartie de cet affaiblissement, c'est un rajeunissement d'idéologies prémarxistes du type proudhonien et libertaire et, d'autre part, une espèce de culte de la violence. Au cours de ces dernières années dans la littérature, dans la philosophie, dans le cinéma, fleurissait une philosophie de l'absurde sous une nouvelle forme, philosophie de l'absurde qui, au lieu de déboucher, soit sur le pro-soviétisme du Sartre des années cinquante, soit sur le moralisme du Camus des années cinquante, débouchait sur le guévarisme, la guérilla, expression de l'attitude virile et de l'attitude révolutionnaire. Dans tous les pays, en Allemagne, aux Étals-Unis, surgissent de petits groupes: ceux qui s'appellent les étudiants pour une société démocratique aussi bien aux États-Unis qu'en Allemagne, qui ressemblent beaucoup à nos enragés français, destructeurs pour la destruction, qui se vantent de ne pas avoir d'objectif définissable ni de vues claires de la société qu'ils veulent bâtir. Est-ce la preuve que nos sociétés, après la perte des religions transcendantes, après l'affaiblissement de croyances idéologiques, sont en voie de décomposition ? Peut-être, mais, pour l'instant, le diagnostic le plus raisonnable me paraît celui de l'alternance de phases d'apparente tranquillité où les individus s'enferment chacun dans les soucis de la vie professionnelle, de la vie familiale et de phases d'excitation. Je suis tenté par deux explications, l'une quasi biologique ou psychologique, l'autre sociologique. La pacification de la vie collective entraîne une sorte de refoulement des pulsions agressives. Même la libération sexuelle n'entraîne pas une satisfaction des désirs. La société, pour parler comme Marcuse, demeure oppressive ou, pour user du langage de Konrad Lorenz, l'homme, animal agressif, a besoin d'exprimer son agressivité.&quot;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Raymond Aron, &lt;i&gt;La révolution introuvable&lt;/i&gt;, chap 1, «&amp;nbsp;Psychodrame ou fin d'une civilisation&amp;nbsp;»,&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot; style=&quot;margin-bottom: 0cm; text-indent: 1.53cm; font-style: normal&quot;&gt;&lt;font face=&quot;Arial, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Collection Quarto, &lt;i&gt;Penser la démocratie, penser la liberté&lt;/i&gt; p. 622 et 623, 634 et 635&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt; 
                </description>
                            </item>
                </channel>
</rss>